Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 21:16

Mercredi 1er février 2012, le jury du Prix de La Closerie des Lilas s’est réuni afin d’établir une première sélection de treize romans de femmes parus entre janvier et mars 2012.  

 
Le Prix de la Closerie des Lilas, créé en 2007, poursuit avec toujours autant d’enthousiasme sa mission : soutenir, faire connaître une littérature féminine de qualité. Par souci d’indépendance et d’ouverture,  la volonté des fondatrices a été d’instituer un jury tournant qui rassemble des femmes du monde des arts, des lettres, de la presse, des sciences et de la politique. Le prix de la Closerie des Lilas est d’abord une histoire d’amitié, de passion partagée pour la littérature. 

 

Première sélection :

Solange Bied-Charenton « Enjoy » (Stock)
Caroline Boidé « Les impurs » (Serge Safran)
Florence Chapiro « Les Favorites » (Fayard)
Dominique Eddé
« Kamal Jann » (Albin Michel)
Sibylle Grimbert « La conquête du monde » (Léo Scheer)
Nathalie Kuperman « Les raisons de mon crime » (Gallimard)
Elisabeth Laureau-Daull « Le syndrome de glissement » (Arléa)
Nathalie Léger « Supplément à la vie de Barbara Loden » (P.O.L.)
Virginie Lou-Nony « Décharges » (Actes Sud)
Stéphanie Polack « Comme un frère »  (Stock)
Marie-Sabine Roger « Bon rétablissement » (Editions du Rouergue)
Alexandra Varrin « J’ai décidé de m’en foutre »  (Léo Scheer)
Carole Zalberg « A défaut d’Amérique » (Actes Sud)

Bied-Charreton-SolangeCaroline Boidé Les impursFlorence Chapiro-Les FavoritesLa-conquete-du-monde-de-Sibylle-GrimbertNathalie Kuperman Les raisons de mon crimeLaureau-Daull
Dominique EddéNathalie Léger Supplément à la vie de Barbara Lodenvirginie Lou-Nonystephanie-polackMarie-Sabine Roger Bon rétablissementAlexandra Varrin J’ai décidé de m’en foutrea-defaut-d-amerique-carole-zalberg

Par Lilas - Publié dans : Actualités
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Commentaires

Je conserve un souvenir bien précis de la lecture d'Unplugged, le premier roman d'Alexandra Varrin, celui d'un avènement. D'une gloire littéraire jusque-là ignorée ? Non, juste celui de la littérature pondue par les gothodindes, pour les gothodindes. C'était, je crois, en 2009. J'ai failli voler le livre. Je savais à l'avance ce que j'y trouverais, et, sous ce rapport, je n'ai pas été déçu. D'où mon projet de larcin. L'entreprise eût été excitante. Puis, finalement, je me suis dit que non, c'était prendre trop de risques pour quelque chose qui n'en valait pas la peine, alors j'ai sagement claqué mes dix euros, lu le truc en deux coups les gros, et incendié la miss.
Celui d'après, Omega et les animaux mécaniques, je ne l'ai pas lu ; ça viendra peut-être un jour. La lecture d'une ridicule critique littéraire publiée je ne sais même plus où, mais dans laquelle il était question, à propos de ce deuxième roman, d'un « parfum d'adolescence », m'a dissuadé. Je me suis dit, à l'époque, que rien n'avait changé. De plus, je n'aime pas Manson, qui (selon moi) n'arrive pas à la cheville d'Alice Cooper.
Puis est venu le troisième opus, l'automne dernier. Je prends mon temps, je ne suis pas nécessairement le monde et son train, sa rentrée littéraire fascinante, d'où la parution décalée de cette note.
Je trouve Unplugged désespérant de vide, de superficialité. L'extrême dégradation de l'Occident, qui ne pouvait qu'imprégner le texte, ne suffit pas à modérer mon propos. En considérant, dans une de mes librairies de prédilection, J'ai décidé de m'en foutre, j'ai tout de suite remarqué le changement de format et la plus grande densité, en terme de pages, de cette œuvre parue aux éditions Léo Scheer. La densité du contenu allait-elle suivre ? Je reconnais que j'ai un peu moins hésité qu'en 2009. Je n'ai pas mis deux semaines à me décider : acheter ? pas acheter ? J'ai acheté puis ai mis de côté. Je suppose que, pendant ce temps d'attente, je me suis conditionné mentalement, sans m'en apercevoir. Et puis, il y a quelques jours, je m'y suis collé. Qu'en ressort-il ?
Tout d'abord, une expérience de lecture pas du tout éprouvante en ce qui me concerne. Le livre est une sorte de calendrier de la lose. Mois par mois, nous suivons Alice, jeune nana célibataire, Franc-comtoise, salariée à Paris. Son travail n'est pas aussi intéressant qu'elle le voudrait, ses relations humaines n'ont rien d'évident, d'une part avec sa famille problématique (la mère et la grand-mère maternelle, essentiellement), et d'autre part, bien sûr, les hommes, ceux qui sont fantasmés (Totof) et ceux qui ne peuvent plus l'être (le Gros Lapin Nase).
Premier constat : c'est toujours de l'autofiction post-moderne. La déchéance de l'Occident est quasi-complète. C'est le genre de livre qui, d'un certain point de vue, m'attriste beaucoup, mais ce n'est pas la faute de l'auteure. Pas autant que dans Unplugged, disons. Ce qui pose problème, c'est l'absence du père. Je sais bien que ce n'est pas très original, ce que je dis là, mais c'est l'époque qui le veut : le père est l'ennemi, l'homme à abattre, le représentant d'un sexe inacceptable dans une société vaginalisée. Non pas tant que ce soit le cas dans JADDMEF : le père d'Alice s'est barré il y a longtemps ; son grand-père, figure de référence, socle psychologique, est décédé. La mère et la grand-mère tournent en roue libre. Pour un peu, on aurait eu droit à une resucée de L'exorciste. Alice est en surchauffe dans ce milieu.
D'ailleurs, s'agit-il vraiment d'Alice, ou d'Alex(andra) ? La note 2 au bas de la page 60 entretient la confusion : « (…) je vous recommande vivement la lecture d'Unplugged, mon premier roman ». Je note par ailleurs un certain nombre d'expressions relatives au projet de « s'en foutre ». La seule lecture du titre m'a incité à croire que, précisément, cet objectif ne serait pas atteint dans ce calendrier de la désillusion, et c'est bien le cas : « je n'arrive pas à m'en foutre » (p.116), « je veux m'en foutre » (p.155), « on ne décide pas de s'en foutre, c'est le monde qui se fout de nous » (p.322).
Cependant, c'est à la page 296, soit vers la fin du roman, que se lit une des phrases les plus importantes de l'ensemble : « j'attendais simplement que quelqu'un comprenne, pas quelque chose en général mais tout ce que j'étais, qu'il m'aime pour ça et qu'il me montre la marche à suivre pour que je devienne enfin la meilleure version de moi possible ». Voilà, nous y sommes : pas de mecs véritables dans JADDMEF. Des chanteurs fantasmés, décevants, des losers, des minables, de grands absents, des traîtres à ce que devrait être la masculinité dans un Occident remis sur ses rails. Mais l'Occident, hein... Oui, Alice/Alex peut bien le dire : « c'est fini la chevalerie » (p.233). Je ne sais d'ailleurs pas si elle se rendra compte de mon affliction à ce propos. Mais peu importe. Je retiens surtout que la gothodinde d'Unplugged se métamorphose lentement ; je la trouve un peu plus lucide, comme si une plus grande marge d'écriture (au niveau éditorial) lui avait permis de creuser plus avant dans un potentiel personnel dont elle ne soupçonnait peut-être pas autant l'existence et la disponibilité en 2009.
Perpétuellement déçue par l'absence d'amour véritable dans sa vie, Alice, rageusement, cultive une « image de pute » (p.89), fréquente des soirées sado-maso (j'ai déjà quelque peu abordé cet univers dans une autre note de lecture), mais avec un regard quasi-clinique quoi qu'elle en dise. Elle et sa meilleure amie Louison font tout pour obtenir le pass qui leur permettra de danser comme des putes devant les mecs de Rammstein, au cours d'unaftershow en Arras. Mais même là, ils sont décevants, les hommes ; Alice est maladroite, empotée (ici, un freudien ramènerait probablement sa fraise et ses actes manqués, mais je n'aime pas la psychanalyse, c'est heureux). Alors oui, ça ondule lascivement faute de mieux et, au final, les deux mistinguetts parviennent quand même à s'éclater dans une soirée, une ambiance qui reconstituent à peu près correctement la vie rêvée qu'elles ne peuvent vivre pendant la plus grande partie de leurs existences.
Oui, l'Occident crève de ne plus avoir de tradition chevaleresque (même sous la forme, adaptée à nos conditions de lieu et d'époque, d'une romance à laDirty Dancing), l'Occident se meurt sous le poids de symboles fondamentaux qu'il ne sait plus, qu'il ne veut plus assumer, prendre en charge de façon consciente ou, à tout le moins, avec l'émerveillement de l'éternelle jeunesse. Je ne voudrais pas qu'Alice/Alex se retrouve un jour dans la peau d'une vieille femme seule et aigrie. Et pourtant, tout est à portée de main. Je ne voudrais pas davantage la voir se transformer en bonne sœur ; je dis seulement, mais sans ironie, que les gothiques (et assimilés) sont constamment à deux doigts
Commentaire n°1 posté par Paul Sunderland le 11/02/2012 à 19h34
(suite) de la conversion au catholicisme. C'est bien le cas d'Alice : il se trouve en elle « une espèce de mélange d'envie de croire et de vrai début de conviction qui plie sous le poids du pragmatisme » (p.154). Mais si seulement elle prenait conscience du langage symbolique qu'elle emploie à propos de sa mélancolie, de sa carence affective: « (…) l'impression d'être happée au cœur des océans, prisonnière dans le ventre d'énorme poisson qui ne me laissera jamais remonter à la surface » (pp.155-156). C'est peut-être déjà le cas, me répondra-t-on... J'attends alors la confirmation qu'ici, nous nous trouvons au cœur du problème : réticence devant le réel, qui est appel, tout comme le prophète Jonas avait été appelé, lui qui n'avait pas voulu ouvrir les yeux, dans un premier temps. Mais le poisson n'est pas un dévoreur, c'est même tout le contraire, c'est un sauveur, le sauveur par excellence, y compris sous la forme de ce poisson d'avril dont Alice, au mois concerné, se demande l'origine. Elle est là aussi, la masculinité véritable. En attendant, il faut se contenter de rêves, de rêveries, de fausses peurs, de concierges connes, il faut vivre dans une grande solitude, se laisser crucifier sans trop savoir si quelqu'un, un jour, viendra nous décrocher, panser nos plaies, nous aimer tout simplement. Je ne m'amuserai pas ici à reproduire le catalogue des vœux rabâchés mécaniquement à l'occasion de janvier: « d'abord la santé, et puis, et puis, etc. » J'ai bien compris, à suivre les douze mois du calendrier de JADDMEF, que le temps qualitatif de nos ancêtres s'est mué en une réitération industrielle, froide, pervertie, bouclée sur elle-même, de la sagesse antique. Déchirements, attitudes contradictoires, blessure d'une jeune femme attachante (attachiante) qui accède, lentement, à une plus grande compréhension d'elle-même mais où l'autodérision, heureusement, n'est pas exclue : je suis curieux de voir ce que donnera le prochain livre d'Alexandra Varrin. J'espère juste que ce ne seront pas les états d'âme, réels ou supposés, de Totof Schneider devant la violence de sa propre main droite...
http://cielsunderland.blogspot.com/2012/01/jai-decide-de-men-foutre-dalexandra.html
Commentaire n°2 posté par Paul Sunderland le 11/02/2012 à 19h36

« Comme un frère » de Stéphanie Polack

« Comme un frère » est un beau roman, authentique et magistral, habilement construit, d’une écriture vigoureuse et exigeante, au style élégant, vif et précis ; il nous transporte dans les années cinquante et nous fait revivre un événement dramatique concernant un oncle par alliance de Diane, la narratrice (  qui n’est autre que le double romanesque de l’auteure )… Dès les premières lignes, l’on se sent emporté  dans l’histoire de Jacques Flesch -  plutôt passée sous silence par sa famille  - ,  personnage ivre d’aventures et de liberté, « qui a soif d’émancipation, de risques et veut se détacher des contingences… »,  il veut prendre le large, partir « à la quête d’un paradis perdu et de l’impossible extase ».  Et pour réaliser son rêve, il n’hésite pas à braquer une agence de change, et, dans la foulée, abattre un policier. Diane imagine cet homme, « un spectre, son fantasme »,  qui devient son idole : elle est littéralement obsédée par lui, constamment à la recherche de la vérité, elle cherche à comprendre  sa motivation et ses agissements. Elle vit dans un espace irréel. Et pour se libérer, elle ira jusqu’à s’initier à la psychanalyse et suivre elle-même une analyse auprès d’un « coboy lacanien ». Elle mène, sur son personnage, une analyse psychologique profonde, extrêmement poussée, entrecoupée de descriptions poétiques relatives en particulier à la Méditerranée ( la côte sarde, ses dunes, ses flamants roses…).  Parallèlement, elle évoque son histoire d’amour avec Serge. Puis l’histoire familiale la rattrape : « des réminiscences incongrues l’envahissent, des souvenirs douloureux, des blocs entiers de son enfance,  des souvenirs d’accident »…  Elle ne sort pas indemne de ce parcours ; au final, ce n’est pas un oncle qu’elle s’est inventé, mais « un frère maudit, un frère impossible ».

Yvette Bierry, 1ier mars 2012

Commentaire n°3 posté par Yvette Bierry le 03/03/2012 à 20h41

Présentation

L'origine du Prix

L'idée est née d'une boutade entre Jessica Nelson et moi au cours du cocktail du prix Décembre. "Et si nous montions un prix de femmes plus jeune que le Fémina ?" Jessica m'a présenté Cécile David Weill qui a organisé un déjeuner avec Nathalie Rheims et Tatiana de Rosnay. A l'époque, nous pensions qu'il serait bon de nous adosser à un journal. Tatiana a proposé de prendre contact avec le magazine Psychologies : le prix est devenu « le prix de l'essai Mieux Vivre Psychologies ». Nous avons participé à l'organisation de ce prix, mais très vite, nous avons réalisé qu'il ne correspondait plus à notre idée de départ, à notre désir d'indépendance. (...) Alors, Tatiana et moi avons rédigé des mails et, peu à peu, nous avons recomposé un groupe. (...) Quand Christine Richard et Stéphanie Janicot nous ont dit que l'endroit le plus romantique et le plus littéraire était la Closerie des Lilas, nous les avons encouragées à en parler à Miroslav Siljegovic et à Carole Chrétiennot. Par chance, Carole souhaitait depuis un moment redonner à La Closerie des Lilas son prestige littéraire. Elle a accepté avec confiance et enthousiasme de nous accueillir à la Closerie des Lilas et que le prix devienne le Prix Lilas, comme l'avait suggéré Jessica quand nous cherchions une couleur équivalente à l'Orange Prize."

Emmanuelle de Boysson, présidente du jury
Lire l'intégralité de l'histoire du Prix de la Closerie des Lilas : cliquez ici.

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